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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 13:00

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Diffusé le 15 octobre 2012

Les relations difficiles entre pays arabes et pays occidentaux sont redevenues d’actualité. Des incidents graves sont survenus après la diffusion sur internet d’une vidéo anti-islam et de caricatures de Mahomet en France. Une partie des musulmans s’est sentie insultée et les intégristes ont déclenché des émeutes. Les Etats-Unis et l’Europe ont eu des réactions différentes. L’Amérique, dont un ambassadeur a été tué, a remis en cause ses aides financières à l’Egypte. Les Européens ont joué la modération et maintenu leurs aides.

Où en est la politique européenne un an après les printemps arabes ? Une étude du centre de réflexions Notre Europe fait le point.

appelons ce qui s’est passé en 2011, puis 2012 : en Tunisie et en Egypte des révolutions pacifiques ont renversé les régimes autoritaires. En Jordanie et au Maroc, des manifestations ont provoqué un processus de réformes contrôlé par le pouvoir en place. Des guerres civiles ont éclaté en Lybie, où la dictature a pris fin, et en Syrie. La guerre en Syrie menace de déstabiliser le Liban. La guerre en Lybie a provoqué un renforcement des islamistes radicaux au Sahel et leur prise de contrôle du nord du Mali. L’instabilité de la région ne facilite pas la résolution du conflit Israélo-palestinien, toujours dans l’impasse.

Face à ces évènements, l’Union européenne a entrepris une révision ambitieuse de ses politiques de voisinage. Alors qu’elle a toujours privilégié la stabilité et la sécurité régionale, quitte à travailler avec des dictateurs, l’Europe a changé ses priorités en soutenant sans équivoque les transitions démocratiques en cours. L’aide a été adaptée à chaque pays, en les conditionnant aux progrès de la démocratie. Des sanctions ont été par ailleurs mises en place en cas de non respect des droits de l’homme ou des principes démocratiques. Les priorités de l’Union ont été résumées par les « 3M » de Catherine Ashton : Money, Merket, Mobility : argent, accès aux marchés et mobilité. 1 milliard d’euros d’aide supplémentaire a été prévu pour la période 2011-2013. Des accords de libre-échanges ont été proposés et des accords pour gérer les flux migratoires.

Qu’en est-il plus d’un an après ?

Quelques constats s’imposent : l’approche libérale de l’Europe basée sur les marchés est insuffisante : les nouveaux pouvoirs veulent un développement durable qui réponde aux problèmes sociaux et d’emploi. Les Etats méditerranéens sont souvent faibles et font face à des sociétés fragmentées. L’islam politique est désormais prédominant, parfois inspiré par des groupes dont les valeurs sont contraires à celles de l’Union européenne. Les nationalismes ressurgissent. La région méditerranéenne se divise en secteurs dont les problématiques économiques et politiques se différencient. L’idée d’une région euro-méditerranéenne est plus que jamais un mythe.

L’Union européenne a réussi un premier pas en adaptant sa politique de voisinage. Pour répondre aux attentes très fortes de ses interlocuteurs, elle doit poursuivre et renforcer son action. Herman van Rompuy, président du Conseil européen, a défini les suites des printemps arabes comme étant, après la crise, le principal défi de l’Union européenne. Elle doit, malgré la crise, maintenir son effort financier. Elle doit aussi se remettre en cause. Abandonner une vision eurocentrée de sa politique méditerranéenne. Tenir compte de nouvelles aspirations panarabes et panislamiques. Définir plus ouvertement les intérêts de l’Union. Accepter que tous les pays méditerranéens ne souhaitent pas renforcer leurs liens avec l’Europe, que d’autres acteurs sont présents en Méditerranée : les Etats-Unis, les grands pays émergents, le Quatar, la Turquie.

L’Europe, pour garder son influence dans la région, doit maintenir ses efforts, tout en renonçant à l’Union pour la Méditerranée et à l’idée que la Méditerranée est une mer européenne.

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 14:05

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Un sommet du Partenariat oriental a eu lieu les 29 et 30 septembre à Varsovie. Cette entreprise soulève bien des problèmes.

L’objectif du partenariat, comme celui de l’ensemble de la politique européenne de voisinage de l’Union, est d’assurer des relations stables et pacifiques avec les pays voisins à travers des relations économiques mais aussi la promotion de valeurs européennes d’Etat de Droit, de justice, de respect  des droits de l’Homme. Sur le plan énergétique, l’Union européenne doit éviter que ne se reproduisent des interruptions de livraisons de gaz par l’Ukraine. L’Europe pousse son projet de gazoduc Nabuco et a besoin pour l’alimenter des ressources gazières de l’Azerbaïdjan. Les pays partenaires attendent pour leur part des bénéfices économiques et des assouplissements de la politique de visas à l’entrée dans l’Union.

 

Le premier obstacle concerne l’Etat de droit. La Biélorussie est un Etat totalitaire. L’Europe, depuis longtemps, y aide les radios et groupes d’opposition. Loukachenko, le président biélorusse, est un dictateur infréquentable. La Biélorussie n’a été présente à Varsovie que par son ministre des affaires étrangères, invité à titre personnel. L’Ukraine pose aussi des problèmes. Un accord d’association avec l’union européenne doit être signé le 19 décembre. Mais l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko, est victime d’un procès politique. Les pays de l’Union sont divisés  sur l’attitude à tenir : Pologne, Roumanie, Hongrie et Etats baltes souhaitent le rapprochement. L’Allemagne est sur une position dure, avec la France. Le Royaume-Uni défend une défense pragmatique des intérêts économiques européens.

 

L’autre dimension est géopolitique. Les pays du Partenariat oriental sont une zone de lutte d’influence entre l’Union européenne et la Russie. La Russie refuse l’importation de produits agricoles à la Biélorussie, qui menace de se tourner vers l’Union européenne. La Russie propose à la Biélorussie d’adopter le Rouble, ce qu’elle refuse. La Russie a créé une Union douanière avec la Biélorussie et le Kazakhstan et pousse l’Ukraine à y adhérer. Elle fait pression pour cela grâce à ses fournitures de gaz. L’Ukraine a officiellement une position de neutralité entre l’Europe et la Russie, mais menace de se tourner vers l’Est si le contrat d’association avec l’Union européenne n’est pas signé.  Ces luttes d’influence viennent compléter celles qui ont lieu sur les questions de sécurité : conflit géorgien, candidatures de l’Ukraine et de la Géorgie à l’entrée dans l’OTAN, qui contrarient la Russie.

 

Enfin le partenariat oriental soulève la question des limites de l’Europe. Faut-t-il qualifier ces pays d’ «européens » ? Ce qualificatif n’est pas neutre. Il permet en théorie de défendre un projet d’adhésion à l’Union. Les Européens sont en désaccord sur cette perspective: Polonais et Britanniques soutiennent une éventuelle candidature de l’Ukraine contre l’avis des Allemands et des Français. Que dire du caractère européen des pays du Caucase que sont la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan ? L’Union européenne a pourtant reconnu, pour la première fois, les « aspirations européennes » des six pays membres du Partenariat.

L’Union européenne, qui a tant de mal à s’organiser à 27, continue de cultiver l’ambigüité sur ses limites. Elle instrumentalise l’espoir d’adhésion pour faire adhérer des voisins à ses valeurs, au risque de la dilution de son projet politique.

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 10:54

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Le régime de Kadhafi en Libye est sur le point d’être renversé. Quel a été le rôle de l’Union Européenne dans cette crise ?

Le 11 mars, un sommet spécial sur la Libye réunissait les chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union européenne. Se sont déclarés partisans d’une intervention militaire : la France, le Royaume-Uni, soutenus par la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, le Danemark, la Finlande et la Grèce. S’y sont opposés l’Allemagne, la Pologne, la Bulgarie, Chypre, l’Italie se montrant réservée. Lors du vote, au Conseil de sécurité de l’ONU, de la résolution 1973 qui a autorisé l’opération militaire de protection des populations, l’Allemagne s’est abstenue, avec la Chine et la Russie. Elle a en outre retiré les navires qu’elle avait engagés dans le dispositif de blocus des côtes libyennes. Cette désunion rendait impossible une opération de l’Union européenne. Dès lors, l’action militaire a été conduite par la France et le Royaume-Uni, appuyés par quelques pays européens et l’Otan. Les Etats-Unis ont soutenu l’opération mais à distance, refusant la mise en œuvre de leurs bombardiers.

 

Le Parlement européen, dans une motion, a invité l’Union et les Etats membres à instaurer une zone d’exclusion aérienne. L’Union européenne a soutenu la résolution 1973 du Conseil de sécurité. Mais, en l’absence d’unanimité des Etats, elle n’a pu faire mieux que prendre des mesures économiques, humanitaires et de sanctions : embargo sur les armes, gel de visas et blocage des avoirs du clan Kadhafi en Europe. Par ailleurs les Européens ont montré leurs désaccords et leur manque de solidarité lors de l’afflux de réfugiés en Italie.

 

Les conséquences sont d’abord politiques. L’Union Européenne a manqué une chance historique de montrer  sa solidarité avec les révolutions arabes. Elle a démontré qu’elle n’a pas de vision politique commune sur la Méditerranée.

 

Ensuite la crise libyenne a cruellement mis en évidence l’absence de diplomatie et de défense européennes. Alors que l’Allemagne plaide pour une politique étrangère commune et de défense européenne, elle en a été le principal obstacle à une action de l’Union. En termes de moyens militaires, les pays européens n’ont pas pu se passer de la logistique de l’OTAN : ravitailleurs, renseignement, structures de commandement.

 

Enfin les institutions européennes ont failli, laissant l’initiative aux Etats. Catherine Ashton s’est abstenue de faire des propositions d’engagement militaire de l’Union au Conseil européen. C’est qu’elle a sa conception de l’Europe de la défense : pour Catherine Ashton, le rôle de l’Union européenne, c’est « de faire du soutien humanitaire avec des moyens militaires ». La guerre, c’est le rôle de l’OTAN. Il s’agit là d’une conception qui ne correspond ni au texte, ni à l’esprit du Traité de Lisbonne. L’Europe de la défense dispose de certains outils qui auraient pu être utilisés dans la crise libyenne et qui ne l’ont pas été. L’Europe paye le fait d’avoir désigné au poste de « ministre des affaires étrangères de l’Union » une britannique, de surcroit, sans vision politique.

 

Selon les analyses, la crise libyenne, c’est la mort de l’Europe de la défense ou, au contraire, une raison d’espérer. L’opération en Libye a obligé Paris et Londres à approfondir leur collaboration, à tenir compte du repositionnement stratégique des Etats-Unis. Sauf à accepter de s’effacer, elle pourrait conduire les Européens à relancer l’Europe de la défense. D’ailleurs cinq pays européens importants : France, Allemagne, Italie, Espagne et Pologne viennent de demander la création d’un quartier général commun. Ce projet rencontre l’opposition du Royaume-Uni mais il pourrait être réalisé, entre pays volontaires, dans le cadre de la « Coopération structurée » prévue par le traité de Lisbonne.

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 22:38

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Les révolutions en Tunisie et en Lybie provoquent une émigration massive vers l’Italie et mettent à mal l’unité des Européens. Plus de 22 000 personnes sont notamment arrivées sur la petite Ile de Lampedusa, dont la majorité est tunisienne. Le gouvernement Berlusconi les considère comme des réfugiés politiques, francophones, qu’il faut laisser transiter vers la France. Il leur accorde des visas temporaires de 6 mois qui leur permettent de circuler dans l’Union. La France, au contraire, les voit comme des réfugiés économiques illégaux et leur demande de justifier de l’objet de leur séjour et de leurs ressources. Des trains ont été bloqués par le France en gare de Vintimille pour interdire l’arrivée de ces immigrés.

 

L’attitude italienne revient à renvoyer sur les autres pays européens la charge de cette immigration. Elle a été dénoncée non seulement par la France, mais aussi par l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, l’Espagne. L’Europe affiche ses divisions. Le dernier Conseil européen a réaffirmé la nécessité d’aider les pays les plus exposés à l’immigration clandestine : Grèce, et aujourd’hui Italie, à en gérer les répercussions immédiates.

 

Pourtant il existe des règles communes. Depuis 1985 a été instauré l’Espace Schengen qui recouvre les 27 pays de l’Union européenne aux exceptions du Royaume-Uni, de l’Irlande, de la Roumanie et de la Bulgarie, auxquels s’ajoutent trois pays qui ne font pas partie de l’Union : l’Islande, la Norvège et la Suisse. Dans cet espace, les contrôles aux frontières ont été abolis. La libre circulation des personnes est la règle. Une politique commune des visas a été décidée. Des règles communes régissent l’immigration légale, économique ou familiale, l’asile, le contrôle de l’immigration clandestine.

La libre circulation des personnes en Europe est un acquis essentiel apprécié de tous. Mais lorsqu’elle  concerne les immigrés, comme certaines minorités, les Etats et les opinions publiques se crispent. Les politiques d’accueil des immigrés restent différentes entre les pays européens.

 

Il est temps pourtant que les Européens ouvrent les yeux sur certaines réalités.

 

L’Immigration est inévitable : dans 40 ans la population européenne aura stagné, alors que celle du Maghreb aura crû de 35% et celle de l’Afrique noire de 50%. La pression migratoire entre le sud et le nord de la Méditerranée ne fera que croître.

L’Immigration est nécessaire. L’Allemagne commence à manquer de main-d’œuvre spécialisée.

Il est faux de considérer que l’immigration est un fardeau financier. Les migrants sont des contributeurs nets aux systèmes sociaux.

Des solutions sont avancées pour faciliter les migrations économiques en évitant l’immigration illégale : immigration sélective correspondant aux besoins de l’économie, visas multiples favorisants les allers-retours des travailleurs saisonniers ou non, en attendant la véritable solution, mais lointaine : le décollage économique des pays d’émigration.

 

L’immigration en période de difficultés économiques est perçue comme une agression. Lorsque tout va bien elle est vue comme un enrichissement. Au-delà de la crise actuelle, l’Europe doit rester ouverte. C’est la région du monde qui accueille le plus grand nombre d’immigrants légaux et de demandeurs d’asile. De 2000 à 2005, le solde migratoire légal européen a été  supérieur au solde américain. L’Union est la principale terre d’asile du monde. Elle doit en être fière.

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 12:35

 

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Les soulèvements dans les pays arabes mettent l’Europe au pied du mur.

 

Tout d’abord sur la nature des relations à entretenir avec le Sud de la Méditerranée. Aux 500 millions d’Européens font face 170 millions d’arabes qui aspirent à la démocratie et à la prospérité. La Méditerranée est un enjeu commun en termes d’environnement, de pêche et de commerce. L’Europe avec sa démographie stagnante, son manque de matières premières, les menaces terroristes, a besoin de l’Afrique et du Moyen-Orient. Elle a eu trop longtemps une politique de soutien aux dictateurs, mercantile, défensive sur le plan migratoire. Comment passer à un partenariat qui respecte les intérêts des peuples ? C’est l’occasion de refonder l’Union pour la Méditerranée.

Les premières réactions de l’Union européenne ont été de geler les avoirs des dictateurs et d’accorder des aides d’urgence ; la Commission a proposé aux Chefs d’Etats européens de discuter d’un « pacte pour la démocratie et la prospérité ». Elle propose de réorienter les politiques de voisinage et de refondre les instruments politiques et financiers dont elle dispose, pour aider les pays du Sud méditerranéen qui s’engagent sur la voie de la démocratie.

 

Ensuite la question migratoire. En 2050 la population de l’Union Européenne sera toujours de 500 millions. Celle de l’Afrique du Nord aura progressé de 35%. Celle de l’Afrique noire de 50%. La pression migratoire ne fera que croitre. Jusqu’à présent l’Europe a obtenu des dirigeants d’Afrique du Nord qu’ils empêcher les départs vers l’Europe. L’accession des pays arabes à plus de démocratie ne réduira pas le désir d’émigrer vers des pays plus prospères. Comment créer des emplois localement, comment organiser une immigration maitrisée, par ailleurs nécessaire aux économies européennes ? La Commission fait la proposition d’un « partenariat pour la mobilité » qui doit être discuté par les chefs d’Etats.

 

La question turque apparaît sous un jour nouveau. Le régime islamique modéré turc est souvent cité en exemple comme modèle possible pour succéder aux régimes arabes autoritaires. La diplomatie turque, très active, porte ses fruits. La Turquie est devenue un acteur important vis-à-vis du monde arabe, et le fait valoir pour appuyer sa demande d’intégrer l’Union européenne. Elle pourrait être déterminante dans la relance de l’Union pour la Méditerranée.

 

Enfin, à l’occasion des soulèvements arabes, le manque d’unité diplomatique et de capacité militaire des Européens est criant. Les positions communes ont tardé. Notre ministre des affaires étrangères, Catherine Ashton, a été à l’image des Européens, timide et indécise à appuyer les mouvements populaires. Nicolas Sarkozy a provoqué la colère des autres chefs d’Etats en reconnaissant, sans les en informer, le Conseil national de transition comme  représentant légitime du peuple libyen.

Sur une intervention militaire en Lybie, les Européens sont divisés. La France et la Grande-Bretagne y sont favorables. L’Allemagne y est opposée. Faute d’accord, l’Europe risque d’assister, passive, à la reconquête du pays par Khadafi. Cela peut de se terminer par des massacres de population civile. L’Union européenne, dans les années 1990, a échoué à éviter la guerre civile dans les Balkans. En 2011 elle montre son impuissance dans un conflit qui la concerne directement. Elle répugne à s’affirmer comme puissance. En refusant de secourir le peuple libyen, l’Europe manquerait à ses valeurs. Elle raterait l’occasion d’instaurer une relation de solidarité constructive avec ses voisins du Sud méditerranéen.

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 15:18

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L’Union européenne réagit, encore dans une certaine improvisation, aux évènements de Tunisie.

 

Les 27 ont décidé de geler les avoirs de Ben Ali et de ses proches. Catherine Ashton, la ministre des affaires étrangères de l’Union, a offert l’aide immédiate de l’Europe pour préparer le processus des élections. Son porte parole a rendu hommage au peuple tunisien pour sa quête de démocratie et de liberté. Les Européens travailleraient à un ensemble de propositions visant à soutenir les autorités tunisiennes, à relancer les activités économiques, notamment en compensant les pertes liées au tourisme. Les priorités de la politique de voisinage de l’Union seront revues.

 

Le Parlement européen a débattu de la situation tunisienne, laissant apparaitre des oppositions. Face aux partis conservateurs et libéraux qui soutiennent prudemment le gouvernement tunisien de transition, les verts et les socialistes appuient les militants tunisiens des libertés. Le Parlement n’a pas voté de résolution sur la Tunisie. Les socialistes se sont joints aux conservateurs pour bloquer toute résolution, pour des raisons embarrassées, peut-être liées au fait que le parti gouvernemental tunisien, le RDC fait partie de l’internationale socialiste.

 

L’embarras des Européens vient du fait qu’ils ont une part de responsabilité dans la violence de la révolution tunisienne. Les Européens ont soutenu le régime de Ben Ali. Tunisie et Union européenne sont liées par un accord d’association depuis 1995 et des négociations étaient engagées pour le renforcer. L’accord d’association comprend, certes, dans les actions prioritaires, les questions de l’Etat de droit, de la démocratie et des Droits de l’Homme, mais il porte surtout sur la libération des échanges, la lutte contre le terrorisme et la gestion des flux migratoires. Préoccupée par leur peur de l’islamisme radical et la pression migratoire sub-saharienne, l’Union européenne a fermé les yeux sur la montée de la corruption et le caractère policier du pouvoir tunisien.

 

L’enjeu de l’évolution tunisienne pour l’Europe est considérable. La crise peut s’étendre aux pays du Maghreb et du Moyen-Orient comme le montrent les émeutes en Algérie et en Egypte. Elle peut déboucher sur un virage démocratique conforme aux valeurs de l’Europe et à ses intérêts, ou sur l’inconnu. Et le Maghreb est fortement lié à l’Europe. C’est de là que vient l’essentiel de l’immigration en France, en Espagne et en Italie. Les échanges économiques sont croissants : hydrocarbure avec l’Algérie, industrie avec le Maroc et la Tunisie, tourisme. C’est du Maghreb que sont issus la plupart des groupes terroristes qui ont frappé l’Europe dans les années 1990 et 2000. Ce sont aussi les pays de transit d’une importante immigration illégale sub-saharienne.

 

L’Europe a intérêt à favoriser, au-delà de ses préoccupations sécuritaires, une rive sud de la Méditerranée démocratique et prospère. Elle doit renforcer ses liens et contribuer à son développement, faute de quoi ces pays pourraient se tourner vers d’autres partenaires mondiaux. L’Europe, dans les grandes recompositions géostratégiques du XXIe siècle, aura besoin de ses voisins du Sud.

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 17:39

Le 13 Juillet 2008, a eu lieu la réunion de lancement de l’Union pour la Méditerranée. Cette idée de Nicolas Sakosy vient du constat que de nombreux enjeux pour l’Europe se situent sur la Méditerranée.

·       Enjeu démographique :  l’Europe vieillit et n’assure plus le renouvellement de sa population. De son côté l’Afrique du Nord verra sa population augmenter d’un tiers dans les 20 ans qui viennent. L’Europe a besoin d’immigration, mais doit aussi la réguler.

·       Enjeu de développement : comment favoriser le décollage économique du Sud: un Français est 20 fois plus riche qu’un Egyptien, 10 fois plus riche qu’un Algérien..

·       Enjeu de sécurité : les conflits sont nombreux au sud de la Méditerranée et l’Europe ne peut pas s’en désintéresser, surtout dans un climat de résurgence du fondamentalisme religieux.

·       Enjeu environnemental pour maintenir une mer Méditerranée propre et vivante.

Sans compter l’importance qu’a eu la Méditerranée dans l’histoire européenne. Une intégration de l’Europe avec l’Afrique et le Proche-Orient participerait d’un mouvement d’intégration de grands ensembles régionaux constatés ailleurs dans le monde: Amérique du Nord avec Amérique du Sud, Asie du sud-est avec la Chine et le Japon.

 

Et pourtant cette grande ambition est mal partie.

·       Nicolas Sarkosy imaginait une Union des pays européens riverains de la Méditerranée avec les pays riverains au Sud, et plaçait l’Union pour la Méditerranée sur le même plan que l’Union  Européenne. Les autres pays européens, notamment l’Allemagne, y ont vu un danger pour l’unité de l’Europe. L’Union pour la Méditerranée est devenue,  plus modestement, un programme de l’Union européenne, associant tous ses membres et qui prend la suite du processus existant dit de Barcelone. Le processus de Barcelone a été engagé en 1994. C’était une coopération de l’Union européenne et de 12 pays du pourtour méditerranéen. Il a été décevant, bloqué en particulier par le conflit Israélo-palestinien.

·       Deuxième difficulté : le manque d’empressement des parties à cette Union. L’Europe  n’a pas proposé de contenu plus concret que les programmes déjà prévus par ailleurs et n’a prévu aucun financement spécifique. Du côté sud, les pays sont peu enthousiastes, lorsqu’ils ne sont pas hostiles comme les Libyens. Le Proche-Orient est attiré par le développement de la  Russie, de la Chine, du Moyen Orient. Les régimes autoritaires africains se méfient des exigences démocratiques de l’Europe et gardent le souvenir de la colonisation.

·       Enfin, les confits entre états n’ont pas disparu autour  de la Méditerranée : conflit israélo-palestinien, Sahara occidental, Chypre. Ils compromettent le dialogue. La première réunion des ambassadeurs des pays de l’Union pour la Méditerrané, qui devait se tenir en octobre, a été ajournée. L’ambassadeur d’Israël ne voulait pas voir à la même table celui de la Ligue Arabe.

 

Des projets sont annoncés :  dépollution de la Méditerranée, création d’ « autoroutes maritimes », plan solaire, lutte contre les catastrophes naturelles. Pour qu’ils voient  le jour, il faudra que les pays du Sud coopèrent au-delà de leurs conflits mais aussi que l’Union européenne accepte de financer l’Union pour la Méditerranée.

Pour écouter la chronique:  link

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6 novembre 2006 1 06 /11 /novembre /2006 12:51

Le Conseil européen a adopté le 17 octobre le règlement créant un « instrument européen de voisinage et de partenariat » , c’est à dire un fond, doté de 11.2 milliard d’Euro sur 2007-2013.qui permettra d’appuyer les politiques de l’Union vis à vis de ses voisins. 17 pays qui entourent l’Union à l’Est et au Sud, en bénéficieront.

 

Par ailleurs, Romano Prodi, président du Conseil italien, a choisi de relancer la politique européenne en Méditerranée. Il propose une coopération renforcée sur les thèmes gestion des flux migratoires, la création d’instituts universitaires communs à l’Europe au moyen orient et à l’Afrique du Nord , la création d’une banque de la Méditerranée. Il est soutenu par la France, l’Espagne, la Grèce, Malte, Chypre, l’Allemagne et l’Autriche.

 

La banque de la Méditerranée, autrement appelées Euromed, est aussi envisagée par la Commission, pour financer le secteur privé en Méditerranée, sur le modèle de la banque qui existe déjà pour l’Europe de l’est, la BERD.

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5 janvier 2006 4 05 /01 /janvier /2006 15:01

Il y a dix ans était lancé à Barcelone le partenariat euro-méditerranéen. Il s’agit de la politique de l’Union européenne en méditerranéen qui en gageait les 15 pays de l’Union et 12 pays du pourtour méditerranéen sur trois volets :

·             partenariat politique et de sécurité

·             partenariat économique et financier

·             partenariat social, culturel, humain.

De 1995 à 2005 l’Union européenne y a  consacré 20 milliards d’euros : 9 milliard au titre du budget européen et 11 en prêts de la Banque européenne d’investissement.

Fin 2003 a été créé l’Assemblée parlementaire euroméditerranéenne, qui débuté ses travaux en 2004.

 

Les 27 et 29 novembre, Union européenne et dix pays du pourtour méditerranéen  se sont réuni pour célébrer les dix ans d’Euromed et relancer leur coopération.

 

Le bilan de ces dix ans est modeste.

 

Sur le plan politique

Le processus a été freiné par la persistance du conflit israélo-palestinien.

Le partenariat a permit de créer des liens institutionnels et d’établir le dialogue. Il a permit la signature d’accords d’association et d’engager la réalisation d’une zone de libre échanges.  Mais les intérêts sont contradictoires. L’Europe souhaite des avancées démocratiques et en matière de droits de l’homme. Ses nouvelles priorités sont la lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine. De leur côté les pays du Sud reprochent à l’Europe ses restrictions à l’immigration et sa tendance à intervenir dans leurs affaires intérieures en conditionnant l’aide à une bonne gestion ou au respect des droits de l’homme et s’inquiètent de la montée de l’islamophobie en Europe.

Ces tentions et une certaine déception expliquent que les 27 et 29 à Barcelone, 8 sur 10 des chefs d’états du Sud de la Méditerranée étaient absent.

 

Sur le plan économique

Les disparités entre le Nord et le Sud de la Méditerranée se sont accrues. Le revenu par habitant de l‘Europe des 15 est passé de 20 000 à 30 000 dollars et dans les pays du Sud il est resté inchangé à 5 000 dollars.

Les investissements privés ne se dirigent pas vers ces pays, en partie pour des causes politiques et institutionnelles : instabilité politique, manque de sécurité juridique, absence d’intégration régionale, corruption ou non respect des droits de l’homme.

Le déséquilibre du commerce s’est aggravé en passants de 15 milliards de $ en 1990 à 29 en 2003.

Pour réduire le chômage d’une population particulièrement jeune, la croissance du sud méditerranéen doit passer de 3% à 7 % pour créer 40 millions d’emploi dans les 15 prochaines années.

Le 30 mars 2000 le Parlement européen demandai dans une résolution à la Commission « de revenir à l'approche globale définie à Barcelone, en tenant compte de certaines priorités délaissées jusqu'à présent au profit de la transition économique et de l'ajustement structurel : soutien à l'investissement, soutien à la coopération décentralisé ; soutien à une politique de gestion commune des flux migratoire, soutien à l'emploi »

C’est que le processus de Barcelone est peu incitatif :

·             Contrairement a ce dont ont profités les pays entrant du sud (Grèce, Espagne, Portugal) ou de l’Est, il n’y a pas de fonds structurels pour aider les pays du Sud de la Méditerranée au rattraper au moins partiellement ceux du Nord. On peut comparer les 9 millards d’Euros sur 10 ans consacrés à Euromed (12 pays) à ce qui est prévu sur trois ans pour la Bulgarie et la Roumanie : 4.5 milliards, à la Turquie : 1 milliard. Ou des 195 milliards des fonds de cohésion pour 2000-2006.

·              D’autre part, contrairement au cas de la Turquie, il n’y a pas de perspective d’entrée dans l’Europe, ce qui ne les motive pas à engager des réformes politiques.

Alors comment se présente l’avenir ?

Le discours de l’Europe est volontaire :

·       Après avoir accomplit l’élargissement à l’Est, l’Europe doit se tourner vers le Sud méditerranéen

·       Il faut poursuivre les évolutions vers une décennie démocratique comme en a connue l’Amérique latine.

·       Priorités au développement, à l’éducation, à l’environnement (60% des eaux usées sont rejetées dans la mer méditerranée sans traitement), l’eau (en 2000 45 millions de personnes sont touchées par la pénurie d’eau potable, elle seront 63 millions en 2020)

·       Résolution des conflits, lutte contre le terrorisme, immigration.

Les évènements de Ceuta et Melilla au Maroc, l’arrivée fréquente de bateaux d’immigrés en Italie ou à Malte montrent la force de la demande d’immigration économique vers l’Europe.

La méditerranée est une des frontières les plus inégales du monde. Elle sera l’une des zones de tension démographique les plus forte au monde avec, au  nord, une Europe dont la population aura baissé de 8% en 2050 et, au sud, une population qui aura plus que doublé.

Faire de la méditerranée une zone stable et de coopération suppose que l’Europe en fasse une vraie priorité, se donne les moyens financiers nécessaires, investisse dans le sud. Plus de générosité est sans doute une condition au développement économique et à la mise en place de politiques qui réponde aux besoins de l’un et l’autre cotés de la méditerranée notamment : progrès de la démocratie, développement, gestion en commun des flux migratoire
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Published by François Vié - dans Politique de voisinage
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Le Mouvement Européen Pas-de-Calais est une association indépendante de tout gouvernement, institution communautaire ou parti politique. Il est non partisan. Sa vocation est d’aider les citoyens à prendre conscience de l’Europe et de la communauté de des
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Sources: Europe-midi (Mouvement européen France), Euractiv, Agence Europe, Fondation Robert Schman, Oui à l'Europe, Sinople, presse quotidienne et hebdomadaire dont Le monde et Courrier international...


L'auteur de la scutpture "L'Europe" est Bernard Vié link

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