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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 18:24

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Lors d’une conférence récente à Prague les partis Pirates de différents pays d’Europe ont décidé de se regrouper « sous un drapeau commun » pour les élections européennes de 2014. Leur objectif est d’augmenter le nombre de leurs députés européens. Il y a actuellement au Parlement deux députés Pirates, suédois.

Les partis Pirates constituent une minorité active en dehors de tout clivage gauche-droite. Ils entendent défendre les droits et les libertés fondamentales, face aux risques notamment informatiques. Leurs batailles actuelles portent sur l’accord international sur la copie ACTA et sur directive européenne sur la conservation des données.

ACTA est un accord international en cours de négociation qui vise la lutte contre la contrefaçon, la protection de la propriété intellectuelle, des brevets, des droits d’auteurs. Il comporte des risques. Il exige la collaboration des fournisseurs d’accès internet pour surveiller le réseau. Il menace le logiciel libre. Il impose des mesures qui risquent de bloquer le commerce et donc l’usage des médicaments génériques. L’Union européenne participe aux négociations. La Commission a négocié mais, depuis le traité de Lisbonne, le Parlement européen doit approuver tout accord international. Le rapporteur du texte au Parlement a recommandé de rejeter le texte au motif des menaces qu’il contient aux libertés individuelles et d’internet. Les manifestations contre ACTA se multiplient en Europe.

Une autre bataille est celle de la protection des données personnelles sur internet. La réglementation européenne en la matière est beaucoup plus stricte que celle de la plupart des autres pays. La commission propose une refonte des réglementations incluant notamment un « droit à l’oubli » numérique et une « portabilité des données » lorsque l’on change de fournisseur d’accès. Les consultations sont en cours. La CNIL, Commission nationale informatique et liberté, s’est inquiété de la précipitation de la Commission, de la conception anglo-saxonne qui préside à ses travaux et de la faible place qu’elle accorde au D29, c'est-à-dire au groupe des CNIL européennes.

Les risques sur les libertés individuelles et publiques liés aux nouvelles technologies sont de plus en plus nombreux : utilisation des vidéosurveillances, de la géolocalisation des véhicules, des dispositifs biométriques.

Au-delà, une révolution se prépare avec l’internet des objets. Les dispositifs d’identification des objets par radiofréquences se généralisent : passe Navigo, clés de voitures, étiquettes intelligentes sur les produits de grande distribution. Ils utilisent des puces dites RFID. Elles permettent la traçabilité des objets, ce qui peut conduite à une traçabilité des individus. D’autre part les puces permettront des liens directs entre les objets via internet, c’est l’ « Internet des objets ». Qui contrôlera ce nouvel internet ? Comme actuellement pour internet, c’est une société sous contrat du Département d’Etats américain qui est en train de mettre en place la technologie qui permettra la connexion entre objets via internet.

Les Européens réfléchissent aux dangers de ces technologies. Ils ont convenus entre eux de respecter de deux grands principes : que les puces puissent être désactivées par les citoyens : une sorte de droit au « silence des puces » et que la gouvernance de l’internet des objets soit distribuée et non centralisée.

Ils ont aussi à défendre le principe de neutralité d’internet. Actuellement toutes les informations sont acheminées sur le réseau avec la même priorité. La tentation est grande pour les fournisseurs d’accès et pour fournisseurs de contenus, de différencier les services et de faire payer pour des acheminements de données plus rapidement ou en priorité. Ce serait la remise en cause d’un réseau libre d’accès à tous.

Les Pirates sont des précurseurs. Les enjeux de la marchandisation d’internet sont considérables. Toutes les forces politiques devraient s’en saisir et les Européens devront s’unir pour les maitriser.

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 19:26

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Au chapitre de la rigueur nécessaire pour résorber la dette publique. Nicolas Sakozy a signé le traité TSCG « Traité pour la stabilité la coordination et la gouvernance dans la zone euro » qui porte surtout sur la maitrise des budgets et impose une « règle d’or » aux budgets nationaux. François Hollande, tout acceptant la nécessité de revenir à l’équilibre budgétaire, entend le renégocier. Il faut y inclure des initiatives de croissance favorables à l’emploi, sans lesquelles les mesures de rigueur ne font qu’aggraver la situation économique. Il souhaite un budget de l’Union au service de grands projets d’avenir, appuyé par l’émission d’euro-obligations et par la Banque européenne d’investissement. Il souhaite une Europe de l’énergie, une politique industrielle européenne.

 

En ce qui concerne le commerce international, Nicolas Sarkozy veut que les Européens exigent de leurs partenaires mondiaux plus de réciprocité dans les échanges. François Hollande a les mêmes demandes en matière sociale et environnementale. Il envisage une contribution climat-énergie aux frontières européennes sur les produits qui ne respecteraient pas les normes sociales et environnementales européennes.

 

Pour les PME, Nicolas Sarkozy exige qu’une part des marchés publics soit réservée aux PME européennes.

 

Sur le terrain des migrations, Nicolas Sarkozy veut réduire de moitié l’immigration en France et exige de l’Europe un meilleur contrôle de ses frontières. François Hollande insiste, lui, sur l’harmonisation sociale et la mobilité des travailleurs dans l’Union.

 

En ce qui concerne le budget européen, François Hollande envisage sont augmentation. Nicolas Sarkozy, lui,  a signé une lettre de plusieurs chefs d’Etats demandant le gel du montant du budget de l’Union. François Hollande, comme Nicolas Sarkozy veulent l’instauration d’une taxe sur les transactions financières.

 

Sur les institutions européennes Nicolas Sarkozy a une vision intergouvernementale de l’Union européenne. Lorsqu’il dit qu’il faut introduire plus de politique dans l’Union il ne pense qu’aux chefs d’Etats qui doivent délibérer entre eux des orientations de l’Europe. François Hollande, au contraire, souhaite un retour à la méthode communautaire et au renforcement de la Commission et du Parlement européen.  Il propose un ministre des finances européen, une agence de notation européenne. Il veut avancer avec les pays qui le souhaitent vers une harmonisation fiscale et sociale et une convergence des économies, un « fédéralisme de projets ».

 

Dans les relations avec les partenaires européens, Nicolas Sarkozy menace de prendre des mesures nationales contraires aux traités européens. S’il n’a pas satisfaction d’ici un an, la France rétablira des contrôles ciblés à ses frontières ou prendra des mesures nationales concernant ses marchés publics. Nicolas Sarkozy parle de geler le montant de la contribution française au budget européen.

 

Les deux positions se précisent : Nicolas Sarkozy veut une Union européenne dirigée par les chefs d’Etats et sans compétences nouvelles. François Hollande est plus ambitieux en terme de projet et de relance économique sans aller jusqu’à proposer une véritable relance politique de la construction européenne. Tous deux inquiètent nos partenaires européens. Le débat des présidentielles n’aura pas fait émerger une véritable ambition pour l’Europe. Aucun des deux candidats favoris n’a voulu affronter l’opinion pour faire de la pédagogie sur le projet européen.

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 16:13

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Marine Le Pen est franchement hostile. Elle prône la sortie de l’Euro et demande une renégociation des traités pour une restauration de la souveraineté nationale. Elle refuse toute contribution nette au budget européen. Elle souhaite rétablir un contrôle des flux de personnes et de marchandises aux frontières nationales.

 

Jean-Luc Mélenchon, à l’opposé se dit pro-européen, mais veut renégocier les statuts de la banque centrale européenne et s’affranchir du traité de Lisbonne. Celui-ci est accusé de laisser le pouvoir à des instances non élues. Les politiques européennes privilégient la concurrence aux dépends des droits sociaux et de l’emploi. La BCE, par la création monétaire, doit financer les Etats et le développement social et écologique. Mélenchon refuse les plans d’austérité qui ne font qu’amplifier la récession économique. Les politiques économiques doivent s’affranchir de l’emprise des marchés financiers. Il faut des protections aux frontières européennes contre les importations de produits qui ne respecteraient pas les normes sociales et environnementales européennes.

 

François Bayrou a un discours plus positif sur l’Europe, bien que sa proposition de « produire en France » reste floue et semble peu compatible avec le marché unique. Il plaide pour un retour à la méthode communautaire et pour l’élection au suffrage universel d’un président de l’Europe. Il propose une stratégie industrielle européenne financée par la création d’Euro-bonds,  une agence de notation européenne, un régulateur financier unique, une Cour des comptes européenne. Les budgets nationaux seront contrôlés  par une Commission parlementaire composée de parlementaires nationaux et de députés européens. François Bayrou demande une harmonisation des droits des étrangers et un corps de gardes frontière européen.

 

Pour Eva Joly, l’Europe est un horizon politique essentiel. L’Europe doit échapper à la concurrence sociale et fiscale par l’harmonisation. Elle doit remplacer son pacte de stabilité par un pacte de développement écologique et social, avec un grand plan de reconversion écologique soutenu par la BCE. Eva Joly propose une mutualisation partielle des dettes publiques, une taxe sur les transactions financières, une préférence sociale et environnementale aux frontières de l’Europe. Le contrôle du Parlement européen sera renforcé. Un nouveau processus constituant sera nécessaire pour faire progresser l’Europe vers le fédéralisme.

 

Ces quatre candidats parlent d’Europe chacun à leur manière. Marine Le Pen en la combattant, Jean-Luc Mélenchon en relançant les clivages issus du référendum de 2005, François Bayrou en restant fidèle à la tradition centriste pro-européenne, Eva Joly en portant une véritable ambition européenne.

 

Quant aux deux candidats qui tiennent la tête dans les sondages, ils sont d’une grande prudence sur le sujet européen, peu populaire. François Hollande propose de compléter la rigueur par la croissance mais est très en retrait par rapport aux autres socio-démocrates européens sur les aspects institutionnels. Nicolas Sarkozy lui, se dit européen mais sur un mode intergouvernemental et menace ses partenaires européens s’il n’a pas satisfaction en matière de politique d’immigration ou de politique commerciale.

 

Les deux candidats en tête s’abstiennent de donner de véritables perspectives. Pourtant ils le savent : l’Europe dans la mondialisation est dans l’impasse, sauf à faire une relance de l’Europe politique.

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 15:49

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    En avril 2010 le parti conservateur Fidesz remportait une écrasante victoire aux élections législatives avec deux tiers des sièges au Parlement hongrois. Il est en outre appuyé sur sa droite par un parti extrémiste, Jobbik, qui a recueilli 17 % des voix. Depuis, Victor Orban, premier ministre, poursuit une entreprise de mainmise de son parti sur le pays. C’est une dérive autoritaire qui défie l’Union européenne.

 

 Sur le plan des valeurs de l’Union, cela a commencé il y a un an par une première loi sur les médias. Un Conseil des médias est créé pour superviser l’ensemble des médias publics et privés. Il peut contraindre les journalistes à révéler leurs sources. La réaction de l’Union européenne a été de demander des modifications à la loi sur la presse. Elles ont été prises en compte très marginalement par la Hongrie. La dérive sur les valeurs s’est poursuivie : le 12 juillet le nombre de communautés religieuses pouvant bénéficier de subventions a été réduit de 300 à 14, excluant notamment les bouddhistes, les évangéliques, les musulmans. Le 1er janvier est entrée en vigueur une nouvelle Constitution. Dans son préambule elle fait référence à Dieu, réaffirme les valeurs chrétiennes, remplace «République Hongroise» par «Hongrie». Elle exclut tout mariage homosexuel et ouvre la voie à l’interdiction de l’avortement en reconnaissant le statut d’être humain à l’embryon.

 

Le fonctionnement démocratique du pays est entravé : la nouvelle Constitution prévoit la nomination directe par le premier ministre de dirigeants à des postes-clés de l’Etat. Elle fige la politique fiscale avec un taux d’imposition unique de 16%. Le 30 décembre une loi impose une majorité des deux tiers au Parlement pour décider de tout changement de fiscalité. Un Conseil budgétaire de 3 membres pourra opposer son veto à tout projet de budget. Le 23 décembre une nouvelle loi électorale impose un découpage électoral favorable au parti au pouvoir. Elle ne sera modifiable qu’à la majorité des deux tiers.

 

Certains textes sont contraires aux traités européens. La nouvelle Constitution  mentionne la monnaie nationale, le florin, ce qui paraît interdire tout projet d’adoption de l’euro. Le 30 décembre une loi réduit l’indépendance de la banque centrale hongroise. Un droit de vote est octroyé aux membres de minorités hongroises des pays voisins de la Hongrie.

 

Sur le plan économique Orban a appliqué des méthodes autoritaires, notamment en nationalisant des fonds de pension privés et en taxant les entreprises étrangères.

 

 Que peut faire l’Union Européenne ? En 2000, l’Union européenne, avait tenté de sanctionner l’Autriche dont le gouvernement d’extrême droite menaçait les libertés, sans grand succès.

 

-  La Commission peut s’opposer à des textes qui violent le droit européen. Elle a ouvert trois procédures d’infraction sur les atteintes à l’indépendance de la banque centrale hongroise et de l’autorité de protection des données, et sur le contrôle du pouvoir sur les juges. Elle menace d’en ouvrir une quatrième sur l’indépendance de la justice.

 

-  L’article 7 du Traité de Lisbonne permet de priver de droit de vote les Etats membres qui violeraient gravement les valeurs démocratiques de l’Union. Le Parlement européen en a débattu. Les députés socio-démocrates, libéraux et verts envisagent sa mise en œuvre. Mais le Parti populaire européen, le plus important au Parlement s’y oppose. Victor Orban en est en effet vice président.

 

-  Un autre levier peut être utilisé. Deux ans après son arrivée au pouvoir, Victor Orban n’a pas amélioré la situation économique de la Hongrie : florin dévalué de 20%, 10% de chômage, 4% d’inflation. La Hongrie a demandé l’aide de l’Union européenne et du FMI. Les deux institutions ont suspendu les négociations pour protester contre les nouvelles lois.

 

 L’Union peut-elle aider un pays membre qui bafoue ses valeurs et ses lois ? Elle a réagi mollement aux violations sur la liberté de la presse en 2010. Il y va de l’honneur des Européens de réagir à la mise en place progressive en son sein d’un Etat autoritaire.

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 18:27

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L’Europe sera bien présente dans la campagne sur les élections présidentielles françaises. Elle s’invite dans le débat des primaires à gauche.

 

Arnaud Montebourg prône la « démondialisation », c'est-à-dire des protections aux frontières de l’Europe pour lutter contre la concurrence des pays émergents. Ce thème sous une forme atténuée est présent dans le projet des socialistes : imposer aux pays en développement des normes de production sociales et environnementales, taxer les produits qui ne les respectent pas. Martine Aubry parle de « juste échange », François Hollande de contribution carbone aux frontières. Ces questions ne peuvent pas être résolues au niveau national. Elles ne peuvent l’être qu’au niveau européen.

 

Autre sujet d’actualité européen : la crise de l’Euro et celle de la dette. Les socialistes mettent en avant la nécessité d’un gouvernement économique, de plus de régulation financière, de contrôle des banques. François Hollande est le plus précis des socialistes en demandant le défaut partiel de la Grèce aux dépends des banques, l’aide publique à leur recapitalisation, la séparation des banques de dépôt et banques d’affaire, la mise en place d’euro-obligations.

 

La crise de gouvernance de la zone Euro fait apparaître un autre débat : François Hollande évoque la nécessité d’un premier cercle, autour de la France et de l’Allemagne, qui définira sur quelles nouvelles politiques il faut avancer : règles fiscales et sociales communes, énergie, industrie. Martine Aubry parle de « confédération d’Etats-nations » pour désigner une avant-garde fédérale politique et économique.

 

Tous les socialistes souhaitent un renforcement du budget de l’Union européenne et une taxe sur les transactions financières.

 

On peut objecter aux socialistes que le volontarisme français ne suffira pas puisqu’il faudra convaincre des partenaires européens beaucoup plus libéraux et libre-échangistes, notamment l’Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni.

D’autre part des sujets importants n’ont pas été abordés. Comment améliorer notre compétitivité ? Relancer l’économie ? Comment financer de grandes politiques européennes ? Sur de grands enjeux internationaux, ce que doivent faire ensemble les Européens n’a pas été défini : en matière de démographie, de migrations, de défense, de sécurité internationale, de développement des pays pauvres, de climat, de monnaies. La pédagogie de la mondialisation et de l’Europe ne fait que commencer.

 

Mais les réflexions sur l’Union européenne progressent à gauche. En Allemagne, comme en France et en Italie, les partis de la gauche social-démocrate, comme de la gauche écologiste, affirment vouloir relancer la construction européenne. Les socialistes européens ont travaillé sur des propositions communes. Les écologistes français et allemands travaillent ensemble à une plateforme. La crise de l’Euro rend la gauche plus fédéraliste.

 

Seuls six pays européens sur 27 sont actuellement gouvernés à gauche. Mais le Danemark en fait partie depuis peu. Et les perspectives de la gauche sont favorables en France, en Allemagne, en Italie. Si une avant-garde se dessine au sein de la zone Euro, la gauche pourrait y être majoritaire dès 2013. Ce serait une chance historique pour obtenir le saut qualitatif tant attendu vers une Union politique et économique plus fédérale.

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 16:01

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« Vivre en semble en Europe ». C’est le titre d’un rapport qui vient d’être remis au Conseil de l’Europe. Le Conseil de l’Europe  réunit 47 Etats membres. Il œuvre pour la construction européenne. Il veille au respect, notamment, de la Convention européenne des droits de l’homme. En 2010 son secrétaire général a demandé à un groupe de personnalités indépendantes un rapport sur les défis que pose la résurgence de l’intolérance et des discriminations en Europe. Ce groupe de 9 membres est présidé par Joschka Fischer et comprend notamment Javier Solana et Martin Hirsch.

Le sujet est d’actualité avec la montée des partis nationalistes ou populistes. Une des raisons en est la crainte de perte d’identité. Dans toute l’Europe, 20% de l’électorat craint que la diversification culturelle fragilise les nations.

 

Le débat sur la diversité culturelle a récemment été ouvert dans plusieurs pays européens. Il se pose en des termes différents suivant que l’on y pratique un modèle plus ou moins intégrationniste ou multiculturel.

·         En France, on pratique un modèle républicain d’intégration des immigrés, qui rencontre ses limites, comme le montre le taux de chômage très supérieur des immigrés comparé à celui des personnes nées en France. Nicolas Sarkozy, tout en s’affirmant opposé au multiculturalisme, a réanimé le clivage entre Français de souche et population issue de l’immigration, par ses débats sur l’identité nationale.

·         En Grande-Bretagne le multiculturalisme est en vigueur : il est admis que chaque communauté peut conserver ses traditions culturelles, au risque de les voir vivre séparées les unes des autres. David Cameron, devant l’apparition de groupes qui ne respectent plus les valeurs de la société britannique et notamment d’un prosélytisme religieux radical, a dressé un constat d’échec  du multiculturalisme.

·         En Allemagne, Angela Merkel a, elle aussi, relancé le débat en rappelant les valeurs chrétiennes de la société allemande. Elle a dénoncé l’échec du « Multi-Kulti » en exigeant des immigrés plus d’efforts d’intégration, notamment dans l’apprentissage de la langue allemande.

 

Que dit le rapport remis au Conseil de l’Europe ?

-       Il identifie des risques : intolérance croissante, montée des partis xénophobes et populistes, discrimination, absence de tous droits pour certains immigrés, sociétés parallèles, extrémisme islamiste.

-       Il identifie des causes : insécurité issue de la crise économique, immigration, image des minorités dans les médias, manque de leaders qui pourraient inspirer confiance en proposant une vision claire de la destinée de l’Europe.

-       Le rapport donne 17 principes directeurs à l’intention des décideurs, leaders d’opinions, militants de la société civile : droits et obligations de nouveaux arrivants, égalité des droits entre hommes et femmes, non-obligation, à un immigrant qui respecte la loi, de renoncer à sa foi, sa culture, son identité.

-       Le rapport aussi fait des recommandations : donner aux étrangers le droit de vote aux élections locales, donner une image réaliste des besoins actuels et futurs de l’Europe en matière d’immigration, une politique d’immigration pour l’ensemble de l’Europe qui en répartisse la charge entre tous les Etats membres. Les peuples européens sont invités à tendre la main à leurs voisins du Proche-Orient et d’Afrique du Nord.

 

Les sociétés européennes doivent défendre leur diversité. Ils doivent accepter qu’un individu puisse conjuguer plusieurs identités,  être « européen avec un trait d’union » : turco-allemand, français d’Afrique du nord ou asiatico-Britannique. La condition en est évidemment que toute identité culturelle sur le sol européen doit s’inscrire dans le cadre de l’état de droit et des droits fondamentaux proclamés en Europe.

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 15:03

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L’Union européenne traite ses relations avec l’Afrique dans trois cadres différents :

  • L’Union pour la Méditerranée pour l’Afrique du nord.
  • Les accords de Cotonou pour les pays d’Afrique noire
  • Des accords particuliers avec l’Afrique du sud

 

Les enjeux de l’Afrique subsaharienne pour les Européens sont considérables.

  • Dans 40 ans, la population de l’Afrique noire aura crû de 50%. En 2050 elle aura rejoint celles de la Chine et l’Inde avec 2 milliards d’habitants. Pendant ce temps la population de l’Europe sera restée à 500 millions d’habitants.
  • Le sous-développement d’une partie du continent noir, la mal-gouvernance, associés à cette croissance démographique risquent d’en faire un foyer majeur d’instabilité.
  • Les ressources en matières premières et agricoles de l’Afrique sont nécessaires à l’Europe mais aussi convoitées par les puissances développées et émergentes, comme le montrent les investissements en Afrique de la Chine et des pays arabes.

 

La solution aux questions migratoires et de sécurité réside dans le développement du continent.

Les obstacles sont importants : Persistance de nombreux conflits dans un arc géographique qui va de la mer rouge à l’Angola, conflits à dimensions politique, ethnique, religieuse ou économique. Investissements insuffisants dans l’agriculture, l’éducation, la santé. Manque d’infrastructures. Les transports de marchandises se font essentiellement par mer. L’Afrique manque de routes, voies ferrées, gazoduc, lignes électriques transcontinentales. Difficulté à s’organiser en communautés régionales pour faciliter les échanges et maintenir la paix.

Par contre de nombreux points montrent un réveil de l’Afrique noire: son économie a crû entre 2003 et 2010 de 6% par an. L’explosion des cours des matières premières apporte de nouvelles ressources. La dette des pays d’Afrique noire a chuté en dix ans de 85% à 40% des PIB. Les investissements progressent. Avec la stabilisation de la natalité et un rapport favorable entre actifs et inactifs, la croissance démographique deviendra un atout.

 

L’union européenne, dans ses relations avec les pays africains, est en concurrence avec certains Etats membres qui entretiennent des relations privilégiées avec leurs anciennes possessions coloniales. Mais, progressivement, elle prend le pas sur les Etats. Contrairement à eux, l’Union Européenne propose aux pays africains une approche qui intègre les dimensions économique, de développement et politique.

  • L’Afrique subsaharienne bénéficie des accords dits de Cotonou, récemment renouvelés, qui donnent notamment aux produits africains l’accès au marché européen.
  • L’aide au développement cumulée des Etats européens et de l’Union représente 80% de l’aide à l’Afrique.
  • L’Europe s’est impliquée dans de nombreuses opérations de maintien de la paix en Afrique : Sierra Leone, Congo, Erythrée, Libéria, Côte d’Ivoire, Darfour. Elle encourage les intégrations régionales. Les accords de Cotonou incluent des moyens pour prévenir, gérer et résoudre les conflits armés et leurs conséquences. La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, comme la Communauté des Etats d’Afrique centrale sont aidés financièrement par l’Europe pour, notamment, leurs  mécanismes de prévention des conflits.

 

L’Europe poursuit en Afrique noire une politique de long terme qui ne ménage pas que ses intérêts économiques mais vise aussi au développement et à la bonne gouvernance de l’Afrique. Elle devrait se renforcer avec la montée en puissance de sa politique extérieure commune.

 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 15:01

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Il y a 10 ans les Autrichiens créaient le scandale en Europe : les chrétiens-démocrates s’alliaient avec le parti xénophobe d’extrême droite de Jörg Haider. L’Union européenne avait pris des sanctions, vite levées, à l’encontre de l’Autriche au nom du respect des valeurs européennes.

 

Aujourd’hui, l’apparition de mouvements politiques populistes est devenue réalité dans de nombreux pays européens.

Le mouvement est parti des pays d’Europe centrale : en Suisse l’UDC a recueilli 29% des voix en 2007, en Autriche, le FPO est donné à 23% par les sondages.

Il a gagné les pays fondateurs de l’Europe : aux Pays-Bas avec le parti islamophobe de  Geert Wilder, en Belgiqueavec les indépendantismes flamands, en Italie avec le parti séparatiste de la Ligue du Nord. En France, le Front national progresse. Même en Allemagne, le petit NPD gagne des voix dans la jeunesse.

Dans le Nord de l’Europe, prospère, et au modèle social éprouvé, les partis populistes apparaissent également : au Danemark, le Parti du peuple danois était à 14% en 2007, en Suède le SD avec 6% est entré au parlement en 2010.

Le phénomène est également présent dans les ex-pays de l’Est et les pays balkaniques. En Hongrie, un parti nationaliste est au pouvoir. La Pologne avec les frères Kaczynski, a été dirigée par un gouvernement populiste, nationaliste et eurosceptique. En Bulgarie, Roumanie, Serbie, les partis populistes avoisinent 10% des suffrages.

Au Parlement européen, 28 députés sur 732 sont ouvertement populistes ou nationalistes.

 

Ces partis sont chaque fois différents, portés par les traditions locales. En Belgique, Italie, Catalogne, ils sont séparatistes. En Suisse, aux Pays-Bas ils sont surtout anti-islamiques. En Autriche et Hongrie, il s’agit d’une résurgence d’une ancienne tradition d’extrême-droite. Dans les Balkans ils sont surtout nationalistes, souvent antisémites, anti-occidentaux.

D’une façon générale il s’agit d’une dénonciation des élites dirigeantes, d’une survalorisation du peuple, protestataire et identitaire. C’est le rejet du politique. Il s’appuie sur quatre grandes peurs : peur de la mondialisation avec la montée de l’Asie, peur de la crise économique, peur de l’Islam et du vieillissement. Le sentiment que les politiques n’ont pas les solutions entraine une haine du politique. Celui que les phénomènes mondiaux sont incontrôlés amène un repli sur les communautés nationales ou régionales. L’immigration et la montée démographique des pays islamiques font craindre une perte d’identité.

 

Face à ces dangers, l’Union européenne peut réagir.

Par une politique économique vigoureuse, un budget qui permette d’investir et de créer une solidarité des Européens, elle peut relancer l’économie.

Elle peut lutter contre les effets du vieillissement de sa population, par une coordination des politiques familiales, par une politique commune d’immigration, maitrisée.

Elle peut rebâtir des relations confiantes avec les pays musulmans, à la faveur des mouvements de démocratisation dans ces pays.

Elle peut rendre confiance aux Européens par une politique active dans le monde et de défense de ses valeurs. Elle doit aussi devenir plus efficace et démocratique.

 

Les Européens résisteront alors à la tentation du repli sur soi et aux propositions démagogiques des mouvements populistes.

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 15:21

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Depuis le 1er janvier la présidence tournante de l’Union européenne est occupée par la Hongrie. C’est une coïncidence malheureuse tant les problèmes s’accumulent entre ce pays et l’Union européenne.

 

Le plus grave concerne la loi sur les médias, adoptée en décembre par le Parlement hongrois. Une nouvelle autorité des médias est créée, placée sous le contrôle du parti au pouvoir. Elle pourra exiger que les médias corrigent les informations qui, selon elle, manqueront « d’objectivité politique » ; il pourra être exigé que les articles soient communiqués avant publication ; des perquisitions pourront avoir lieu, même en l’absence de délit ; les journalistes pourront être obligés de révéler leurs sources ; de très lourdes amendes pourront être infligées. Il s’agit d’une suppression de la liberté de la presse.

 

L’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) a été la première à protester, suivie de l’Allemagne. Victor Orban, le premier ministre hongrois, a dû s’expliquer devant un Parlement européen très remonté. Il a été durement attaqué notamment par les leaders Verts et libéraux. La commission a adressé une demande de clarification au gouvernement hongrois. C’est que ce texte peut être jugé contraire à la directive sur les services audiovisuels et au-delà, aux valeurs communes de l’Europe qui comprennent l’indépendance et le pluralisme de la presse. La Commission pourrait lancer une procédure d’infraction qui pourrait aller jusqu’à la suspension des droits de vote de la Hongrie. La loi hongroise pourrait aussi être contestée devant la Cour de justice de l’Union.

 

Victor Orban a pris d’autres mesures autoritaires dans son pays : il a placé des fidèles à la tête de tous les services publics ; il a rogné les compétences de  la Cour constitutionnelle. Il a mis fin à l’indépendance de la banque centrale hongroise. Il a imposé un impôt de crise aux grandes entreprises étrangères.

 

Une autre initiative met l’Union européenne en difficulté. Depuis le 1er janvier, la Hongrie accorde la nationalité hongroise à tous les membres qui le demandent de minorités magyares des pays voisins ; 2.5 millions de Hongrois de souche vivent hors des frontières hongroises, en Roumanie, Slovaquie, Serbie, Moldavie, Ukraine. Les nouveaux citoyens hongrois pourront librement circuler dans l’Union alors qu’ils ne font pas partie de l’Espace Schengen, ni même les Serbes, Moldaves ou Ukrainiens, de l’Union européenne. Ces derniers pourraient même voter aux élections européennes en étant originaires d’un pays non membre de l’Union. Cette question est source de problèmes non résolus d’immigration et politiques.

 

L’Union européenne doit défendre ses valeurs et elle en a les moyens juridiques. La volonté politique peut par contre faire défaut.

Souvenons-nous du cas autrichien en 2000. Des mesures politiques avaient été prises contre l’Autriche lorsque les conservateurs s’étaient alliés à un parti xénophobe d’extrême droite. Ces mesures n’avaient pas conduit à des changements politiques en Autriche et avaient dû être abandonnées.

Depuis 10 ans les poussées de l’extrême droite se multiplient : en 2003 en Italie avec l’alliance de Berlusconi avec la Ligue du nord, puis au Danemark, puis en 2010 aux Pays-Bas et en Slovaquie.

 

La commission est la gardienne des traités et doit faire respecter les valeurs européennes notamment la Charte des droits fondamentaux. Mais elle est trop dépendante des gouvernements qui eux, sont soumis à la pression de leurs opinions publiques. Elle doit reprendre, avec la Cour de justice, sa mission de défendre un des piliers de l’Union européenne : ses valeurs.

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 14:34

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Le 9 septembre, le Parlement européen a adopté à une large majorité une résolution qui demande à la France de cesser les expulsions forcées de Roms. Le Parlement juge ces mesures discriminatoires et contraires aux règles européennes. La résolution regrette les réactions tardives de l a Commission à ces expulsions. La Commission aussi a critiqué la France. Tout cela fait suite à de nombreuses protestations contre la France, notamment de la part du Conseil de l’Europe, de l’ONU et d’autorités religieuses.

 

Lors de l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’Union européenne en 2007, les Roms sont devenus la première minorité de l’Union avec 12 millions de personnes. Ils sont notamment 2 millions en Roumanie, près de 700 000 en Bulgarie et autant en Hongrie. Cette minorité, pour reprendre les termes de la résolution du Parlement, est victime « de violences, de la pauvreté, d’exclusion sociale, de ghettoïsation permanente, d’expulsions forcées, de conditions de vie déplorables et insalubres ».

 

La France a entrepris d’expulser 700 Roms durant le mois de septembre 2010. Ce n’est malheureusement une pratique ni nouvelle, ni isolée. En 2009, 10 000 Roms ont été reconduits par la France en Bulgarie et en Roumanie. L’Italie, l’Allemagne, la Belgique, font de même. Les expulsions sont-elles légales ? Les dispositions transitoires prises lors de l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie ont prévu que tout citoyen peut s’installer dans tout pays de l’Union pendant 3 mois avec un passeport ou une carte d’identité. Au-delà il faut justifier d’un emploi. Même pendant la période de 3 mois, un ressortissant de l’Union peut être expulsé au nom de l’ordre public, mais la mesure doit être proportionnée à la menace qu’il constitue pour le pays d’accueil. La Commission a promis d’examiner la légalité des expulsions françaises.

 

Les expulsions françaises sont-t-elles discriminatoires ? A l’évidence oui, puisque une circulaire officielle précise que les destructions de camps illégaux doivent concerner en priorité ceux des Roms. De toute façon là n’est pas le problème : les expulsions ne règlent rien puisque les expulsés reviennent. Et dès le 31 décembre 2013 les dispositions transitoires tomberont. Chaque citoyen européen pourra alors invoquer sans restriction l’article 21 du traité de l’Union : le droit de travailler, vivre et étudier dans n’importe quel Etat membre. La question de fond est inévitable : comment permettre à 12 millions de personnes de vivre dignement, dans leur pays d’origine ou de s’intégrer dans le pays européen de leur choix ?

 

L’Union européenne n’est pas restée inactive : déjà en 2008, le Parlement européen avait demandé une stratégie commune des Européens à l’égard des Roms, demande réitérée en mars 2010. L’Union européenne a mis en place 17.5 milliards d’€ d’aides sur la période 2007- 2013, dans 12 Etats membres pour l’intégration des Roms et d’autres groupes vulnérables. Pourtant la situation des Roms ne s’améliore pas. L’aide ne parvient pas toujours aux destinataires. Les fonds européens sont gaspillés ou non-utilisés, notamment en Roumanie. Seuls 175 millions auraient étés effectivement utilisés à ce jour au bénéfice des Roms.

 

A l’évidence la stratégie européenne d’intégration des minorités doit être repensée et renforcée.

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Published by François Vié - dans Développement
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L'auteur de la scutpture "L'Europe" est Bernard Vié link

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