Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 18:12

Après l’échec en 1954 de la Communauté Européenne de Défense,  l’idée de créer des forces armées intégrées européennes a été abandonnée pour longtemps. L’OTAN assurait la défense collective des européens, sous l’autorité des américains.

 

En 1991 la crise yougoslave a provoqué une prise de conscience. Les  européens ont été incapables d’intervenir collectivement. La présence dans les forces de l’ONU de Britanniques, de Français , de Néerlandais, n’a pas empêché les massacres. Ce sont finalement les américains qui ont mis fin à la guerre en obtenant les accords de Dayton.

 

Les européens ont alors décidé, plus que de se doter de moyens de défense, de se doter de moyens de gestion de crises.

 

Les traités de Maastrich et d’Amsterdam ont établi les premiers fondements juridiques d’une politique étrangère commune et d’une capacité militaire. Ils définissent les missions de l’union européenne : missions humanitaires et d’évacuation, missions de maintien de la paix, de forces de combat pour la gestion des crises, de rétablissement de la paix.

 

Mais ce n’est qu’en 1998 que des actions concrètes sont décidées lors de l’accord de Saint Malo entre français et britanniques, bientôt rejoints par les allemands.

En 1999, l’Union s’engage à être en mesure de déployer en soixante jours pour une durée d’un an une force de réaction rapide de la taille d’un corps d’armée, soit 60 000 hommes environ. Elle convient de créer des capacités de commandement, de contrôle, de renseignement et de logistique. En 2000 est créé un centre satellitaire européen, et des arrangements sont conclus avec l’OTAN pour permettre à l’Union européenne d’avoir accès à ses moyens. Des moyens de police sont organisés.

 

Des institutions nouvelles sont créées :

  • Le Comité politique et de sécurité (COPS), composé de diplomates et qui adresse des directives au Comité militaire.
  • Le Comité militaire qui donne des instructions à l’Etat-major.
  • L’Etat-major de l’UE, qui assure la planification stratégique et des missions.

 

L’Europe s’est ainsi engagée en 2003 dans plusieurs opérations de police (Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Congo et une opération de renforcement de l’état de droit en Géorgie.

 

Depuis 2003 la Politique de défense et de sécurité se renforce :

·       Création à Bruxelles d’une cellule européenne de planification et de conduite d’opérations civiles et militaires, sorte de quartier général qui ne dit pas son nom pour ne pas froisser les américains.

·       Création de 13 groupements tactiques de 1500 hommes chacun, déployables en 15 jours pour une durée de 30 jours.

·       Création d’une force de gendarmerie européenne.

·       Création de l’Agence européenne de défense (AED)

 

C’est au total une quinzaine d’opérations civiles et militaires qui ont été conduites par l’Europe dans les Balkans, en Afrique, au Moyen-Orient (Liban), en Afghanistan en Indonésie, la dernière en date au Tchad pour la protection de réfugiés du Darfour.

 

Où en est actuellement la politique de défense européenne ?

 

Il faut tout d’abord rappeler que malgré ses réalisations, la défense européenne est une politique intergouvernementale qui reflète un niveau d’intégration très faible de l’Europe dans ce domaine :

Les décisions relèvent du Conseil, c’est à dire des états et non des institutions communautaires : Commission et Parlement.

 

A chaque mise en œuvre d’opération de l’Europe, chaque état décide de sa contribution en hommes et moyens matériels. L’Union européenne constitue un cadre de coordination, de décisions et de commandement mais les moyens sont nationaux.

 

Les engagements des états sont divers. Alors que la Grande-Bretagne à Saint-Malo avait donné une impulsion décisive à la défense européenne, elle est désormais plus en retrait, faisant obstacle à tout progrès qui pourrait apparaître comme une concurrence à l’OTAN et compromettre la relation spéciale qu’elle entend maintenir avec les américains. Au contraire, l’Allemagne et la Pologne s’impliquent de plus en plus.

 

Les budgets militaires des états sont très variables : 2.08 % du PIB pour la Grande-Bretagne, 1.92 % pour la France, (40% de l’effort européen de défense à eux deux), 1% pour l’Allemagne et l’Espagne, beaucoup moins pour les autres. Au total l’Union poursuit actuellement une douzaine de missions de maintien ou de consolidation de la paix dans le monde et rencontre des limites à la fois de capacités militaires, de budgets et politiques.

L’Agence européenne de défense dans un rapport intitulé « Une vision à long terme des besoins et capacités de la défense européenne » situe le niveau de dépenses nécessaires à 2% du PIB, niveau qui n’est actuellement atteint que par la Grèce, la Grande-Bretagne et la France.

 

Enfin la question se pose du contrôle démocratique de la politique de défense. Les moyens sont nationaux mais la politique de défense est européenne. Une solution reste à trouver pour que parlementaires nationaux et parlementaires européens soient associés au contrôle de la politique européenne de défense.

 

Les enjeux d’une défense européenne

 

Le contexte mondial ne se prête pas à une baisse du niveau de protection.

  • Les politiques de puissance sont de retour. Les dépenses d’armement progressent de la part des Etat-Unis mais aussi de la Russie, la Chine, l’Inde.
  • Des conflits en cours risquent de gagner en intensité comme au moyen Orient avec la montée en puissance de l’Iran.
  • La mondialisation en multipliant les échanges et les déplacements favorise de nouvelles vulnérabilités plus diffuses de type terrorisme, cybercriminalité, prolifération nucléaire ou bactériologique, pandémies, conflits asymétriques.

 

La mise en œuvre d’une défense européenne, c’est aussi prendre en compte une réalité qui est celle de la présence des européens dans le monde : ils sont impliqués dans 33 opérations extérieures, dont 12 relevant de la politique européenne de sécurité et de défense. Ils sont collectivement les premiers distributeurs d’aide au développement, les premiers contributeurs au budget de maintien de la paix des Nations Unies, pour lesquels ils apportent dix fois plus d’hommes que les Etats-Unis.

 

La situation internationale pousse les européens à progresser dans l’union politique et l’Europe de la défense, probablement avant même une véritable politique étrangère commune.

 

Nicolas Sarkozy a fait de la relance de l’Europe de la défense, l’une des priorités de la présidence française de l’Union européenne.

Les enquêtes d’opinion récentes (Eurobaromètre, septembre 2007, IPSOS février 2007) indiquent que les opinions publiques européennes y sont très favorables.

Les moyens de cette relance sont essentiellement :

  • Une recherche militaire et une industrie de l’armement renforcées et organisées au plan européen, pour relever les défis technologique et ne plus dépendre de fournisseurs non-européens (actuellement 20 % des équipements des armées européennes sont d’origine américaines)
  • L’amélioration des capacités opérationnelles de l’état-major européen.
  • L’harmonisation des efforts financiers des états membres.
  • La clarification des rôles respectifs de l’OTAN et l’Union européenne et de leurs modes de collaboration.

 

L’union européenne et l’OTAN

 

21 des 26 alliés de l’OTAN sont membres de l’union et 21 des 27 pays de l’union sont membres de l’OTAN.

L’OTAN est, pour une large majorité de pays européens, le cadre de la défense du territoire européen, singulièrement pour les nouveaux états membres qui gardent le souvenir de la domination soviétique. L’OTAN apparaît comme une alliance crédible notamment avec la présence des américains qui  dépensent pour leur sécurité près du double des européens (respectivement 489 et 255 milliards de $)

 

Nicolas Sarkosy prévoit le retour de la France dans les structures intégrées de commandement de l’OTAN, se faisant fort, en contrepartie d’obtenir plus de responsabilités des européens au sein de l’OTAN et une véritable autonomie de l’Europe de la défense par rapport à l’OTAN.

 

Deux positions s’opposent dans ce débat :

·       La méfiance à l’égard de l’OTAN étant donné l’orientation que les Etats-Unis veulent lui donner : implication sur des théâtres d’opération éloignés, élargissement de l’organisation à des partenaires non européens d’Asie centrale mais aussi à Israël, l’Australie, le Japon, attribution de compétences civiles. Ces orientations reviendraient à transformer l’alliance militaire en une organisation internationale dominée par les américains, rendant illusoire une autonomie en son sein pour les européens. (Jean-Michel Boucheron, Le Monde 5 décembre 2007)

·        Une autre vision fait le pari que les Etats-Unis ont besoin d’une Europe de la défense et qu’il peut s’organiser une complémentarité des deux organisations : Aux européens de répondre aux demandes mixtes civilo-militaires, aux interventions sur le continent européen. ; A l’OTAN les interventions les plus lourdes dans l’espace atlantique ou qui dépassent le cadre géographique européen.

 

Cette deuxième vision est probablement la plus réaliste. Elle peut être mise en œuvre et faire progresser la construction européene si l’Europe accepte enfin son rôle mondial.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Nouvelles d'Europe
  • Nouvelles d'Europe
  • : Chroniques d'actualité sur l'Union européenne, à lire et à écouter.
  • Contact

Profil

  • François Vié
  • Président du Mouvement Européen Pas-de-Calais
Le Mouvement Européen Pas-de-Calais est une association indépendante de tout gouvernement, institution communautaire ou parti politique. Il est non partisan. Sa vocation est d’aider les citoyens à prendre conscience de l’Europe et de la communauté de des
  • Président du Mouvement Européen Pas-de-Calais Le Mouvement Européen Pas-de-Calais est une association indépendante de tout gouvernement, institution communautaire ou parti politique. Il est non partisan. Sa vocation est d’aider les citoyens à prendre conscience de l’Europe et de la communauté de des

Chroniques Nouvelles d'Europe

Les chroniques, hebdomadaires, sont diffusées sur radio Pfm, radio associative arrageoise, 99.9 MHz.    

Elles sont à disposition des radios associatives qui souhaitent les programmer et en font la demande.

Sources: Europe-midi (Mouvement européen France), Euractiv, Agence Europe, Fondation Robert Schman, Oui à l'Europe, Sinople, presse quotidienne et hebdomadaire dont Le monde et Courrier international...


L'auteur de la scutpture "L'Europe" est Bernard Vié link

Rechercher